- Christiane Taubira (ministre de la justice ou garde des sceaux) est à l'origine de la loi en faveur du mariage pour tous. Cette loi a été très critiquée par de fervent chrétiens de droite qui se sont mobilisés pour combattre la loi mais aussi sûrement son instigatrice, la ministre de la justice, originaire de Guyane.
- Victime d'insultes abjectes et purement racistes, Christiane Taubira a déploré qu' "aucune belle et haute voix ne se soit levée" dans les milieux politiques ou intellectuels pour critiquer ces attaques contre elle et contre la République.
- Finalement, quelques semaines après, elle a été ovationnée à plusieurs reprises à l'Assemblée nationale, mais cela a pris beaucoup de temps...
- Dans un climat de crise économique profonde où le chômage continue d'augmenter, la parole xénophobe et raciste se libère tristement et l'internet lui permet de se propager de façon massive.
EVOLUTION D'UNE PUBLICITÉ VERS UNE CARICATURE
de 1915 à aujourd'hui...


Extrait du "Petit Journal" (Canal +, 30 octobre 2013)
présenté par Yann Barthès
Transcription
Yann Barthès: Le meilleur! Toujours le curé! Vous êtes prêts pour le respect et la tolérance du curé à sandalettes...: "Y' a bon Banania, Y' a pas bon Taubira!..."
Reportage extrait de "C dans l'air" (France 2, 7 nov. 2013)
Transcription
Christiane Taubira: Je veux prendre quelques secondes de ce temps de réponse pour vous remercier du fond du coeur pour le soutien que vous m'avez toujours manifesté.
L'acclamation nationale s'était fait attendre depuis des semaines. Après les injures, après l'attaque au coeur de la République, celle que Christiane Taubira dénonce.
-Je vais juste vous montrer une photo et vous demandez ce que vous en pensiez?
Mi-Octobre, cette ex-candidate F.N. aux municipales, assume cette photo montée, publiée sur son Facebook et sans aucune gêne, elle insulte la Ministre face caméra:
"C'est une sauvage, voilà. A la limite, moi, je préfère la voir dans un arbre après des branches que de la voir comme ça au gouvernement, franchement!"
Quelques jours plus tard à Angers, au cours d'une manifestation, des enfants interpellent la Garde des Sceaux (=Ministre de la Justice) et brandissent des peaux de bananes. Là encore, un discours décomplexé qui encourage les dérapages.
A la libération des otages français, Marine Le Pen dit ressentir un malaise face à leurs apparences.
Marine Le Pen: Les deux qui portaient la barbe taillée d'une manière qui était tout de même assez étonnante...
Journaliste: Vous pensez qu'ils sont islamisés, c'est ça votre pensée?
Marine Le Pen: Non, écoutez, moi je suis pas psychiatre...
Journaliste: Vous êtes dans l' allusion, là?
Marine Le Pen: Ecoutez... Je ne suis pas dans l'allusion, je vous explique le sentiment que j'ai eu et dont je pense que il est partagé par un certain nombre de Français.
La présidente du F.N. reviendra sur ses propos, reconnaissant une maladresse.
-On a assez d'arabes dans le pays! Y'a que ça! Vous le savez très bien et vous savez qu'on a raison!
Les langues se libèrent et les déplacements des politiques deviennent un terrain propice aux commentaires xénophobes. Sur internet, le champ est encore plus ouvert. Le web est un défouloir et en cas de polémiques, il devient une caisse de résonance. Récemment, l'affaire Léonarda a enflammé la toile, cristallisant des propos haineux, racistes, difficiles à éradiquer.
Pour contrôler ces dérapages sur le web, les médias font appel à des sociétés de modération. Ici, on passe au crible les commentaires faits sur une quarantaine de titres de presse et le constat est sans appel. Les modérateurs suppriment, par exemple, plus de 35% des réactions sur Christiane Taubira.
David Corchia: Quelque soit le support, quelque soit l'actualité... à un moment ou à un autre, en général c'est très rapidement, on sait qu'au bout de 10 minutes/un quart d'heure, voilà ça dévie sur la notion de race, sur la notion de
tout ce qui a trait au racisme. Même les titres qui utilisent... qui ont supprimé l'anonymat via des dispositifs d'enregistrements Facebook, en fait, on constate exactement le même volume de propos racistes. Allez voir sur la page Facebook d'un Monde, d'un Libération ou d'un Figaro... Etant donné que la modération sur ces titres, elle se fait à postériori, c'est-à-dire que l'internaute poste son contenu et Facebook n'autorise pas un traitement à priori, vous pouvez voir des horreurs, mais monstrueuses et avec des profils complètement identifiés.
Une poussée de fièvre raciste qui se vérifie dans les statistiques. Entre 2011 et 2012, on enregistre une hausse de 23 % des actes racistes, antisémites ou anti-musulmans sans aucune distinction.
LE RACISME SE BANALISE-T-IL?
Extrait de "Ce soir ou jamais" (France 3, 8 nov. 2013)
Rokhaya Diallo: Ce que je crois, c'est que la grande nouveauté dans l'expression du racisme, c'est que nous avons aujourd'hui avec Christiane Taubira, pour la première fois, une femme noire qui a un poste de responsabilités extrêmement important. Dans l'histoire de France, on n'a jamais eu une femme noire à ce niveau de pouvoir et je parle de pouvoir, parce qu'elle a été en capacité de porter une loi extrêmement importante. On n'a jamais eu une femme noire à ce niveau de responsabilités, ce qui accentue une sorte d'effet-loupe sur une forme de racisme que vivent d'autres personnes. On a eu le même type de réactions avec l'arrivée d'Obama à la présidence des Etats-Unis, on voit la même chose avec Cécile Kyenge en Italie qui est Ministre de l'Intégration et de la Jeunesse...
Frédéric Taddéï: ...qui est victime du même type d'insultes...
Rokhaya Diallo: ...voilà, qui sont des personnes noires qui sont comparés à des singes donc dans une rhétorique, en plus, très très ancienne. Donc, ce que je crois, c'est que ça met la lumière sur un racisme qui est vécu par des millions d'anonymes et ça Christiane Taubira l'a dit dans son interview: la gravité de cela, c'est pas tant qu'elle soit visée mais le fait que ça autorise d'autres noirs à être exposés de la même manière au racisme. Mais ce que je crois, c'est que surtout le racisme n'a pas disparu dans la sens où les chiffres montrent qu'il y a un acte raciste, dans ce qui est déclaré, qui est commis toutes les six heures, les actes racistes ont augmenté cette année de 23%, les actes anti-musulmans de 57,3% selon les chiffres du C.C.I.F. (Collectif Contre l'Islamophobie en France) donc il y a vraiment une expression du racisme pour moi qui s'exprime dans le quotidien des Français mais qui est rendu visible par le fait que une partie de la population se sent menacée par l'existence de Christiane Taubira, du fait que la France n'est plus blanche comme on l'imaginait et comme certains l'idéalisent.
Frédéric Taddéï: Guylain Chevrier, vous disiez, je répète, que en fait, non, il y a pas d'augmentation du racisme à vos yeux. Il y a quelques faits comme ça qui sont odieux, mais sur lequel, tout à coup, toutes les caméras se tournent, mais ça ne fait pas une augmentation du racisme...
Guylain Chevrier: Ben, c'est-à-dire que, effectivement, les événements que nous connaissons concernant la Garde des Sceaux ne sont certainement pas le reflet non plus, effectivement, de la France profonde. Enfin, ils ont inspiré un certain nombre d'articles récemment donc on peut, effectivement, s'offusquer et pour le moins trouver insupportable, effectivement, cette caricature qui est d'un autre âge, qui est un véritable archaïsme mais qui ne correspond certainement pas à la pensée profonde du Français moyen. D'ailleurs, on parle d'augmentation des actes de racisme et particulièrement des plaintes, alors il y a 23% d'augmentation cette année, mais enfin on est à 1523 plaintes, on n'est pas dans un phénomène de masse même si il doit être relevé et que la moindre de ces plaintes doit être évidemment prise, voilà, avec beaucoup de sérieux mais, effectivement, on est plus dans une banalisation du discours politique par rapport à un certain racisme, plus que par, effectivement, une prise en compte de ce racisme, une généralisation de celui-ci dans la population de la France. Il y a quelques chiffres, 75% à 82% des Français déclarent être, par exemple, hostiles aujourd'hui à certaines formes de manifestations des minorités, c'est surtout par rapport au communautarisme, donc il faut savoir de quoi nous voulons parler, il faut préciser le débat par rapport aux questions de l'immigration ou des religions.
