LE MYTHE DU BON COLON


  • "Nos ancêtres les Gaulois...", cette formule a été aussi enseignée dans les colonies et a été critiquée et moquée, il y a déjà longtemps par de grands penseurs, l'un martiniquais, Aimé Césaire et l'autre sénégalais, Léopold-Sédar Senghor.
  • En 2001, Christiane Taubira, ministre actuelle de la justice (à l'origine de la loi de 2013 pour le mariage pour tous), a laissé son nom à la loi Taubira qui reconnaît la traite négrière et l'esclavagisme comme un crime contre l'humanité.
  • En février 2005 (quelque mois avant les émeutes dans les banlieues d'octobre et novembre 2005), des députés de droite présentent un texte de loi qui veut que soit inclue dans l'esprit des manuels scolaires, l'idée suivante qui a fait scandale: "Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer et notamment en Afrique du Nord..."
  • Finalement, après des débats houleux, la loi sera abrogée en 2006 à la demande du président Chirac.
  • Aujourd'hui, la question de la restitution d'oeuvres d'art ou de symboles royaux aux anciennes colonies est formulée très clairement par certains intellectuels et certains pays qu'il s'agisse de l'Egypte ou de nombreux pays africains.


1. "THÉORIES" SIMPLEMENT RACISTES.


  • À l'origine de la colonisation, il y a la supériorité auto-proclamée de la race blanche sur les populations noires, jugées primitives car ne partageant pas la même culture ou la même couleur de peau.
  • Les manuels scolaires républicains de 1870 à 1950, mais aussi des ouvrages plus sérieux d'auteurs de la fin du XIXème siècle, véhiculaient de façon grossière et grotesque cette idéologie raciste. 
  • Ce racisme évident donnera à Aimé Césaire les arguments idéaux pour pouvoir comparer la colonisation au nazisme dans un discours au sujet du centenaire de l'abolition de l'esclavagisme en 1948.


Un manuel de propagande républicaine qui véhicule une thèse purement raciste et grotesque:

Le Tour de France par deux enfants, (1877)
  • Un manuel, écrit par un certain G. Bruno, au service d'une propagande républicaine et donc plutôt faux du point de vue historique.
  • Publié en 1877, ce manuel a été utilisé jusque dans les années 1950 pour l'apprentissage de la lecture dans toutes les écoles publiques.
  • En 1914, il y a déjà 400 éditions et plus de 7,4 millions d'exemplaires.
  • Il est encore publié aujourd'hui et véhicule, outre les approximations historiques au sujet des Gaulois et de Vercingétorix, des thèses nationalistes et racistes...


Extraits







2. LE DEVOIR ET LE DROIT DE CIVILISER

Extraits du discours de Jules Ferry devant la chambre des députés le 28 juillet 1885.

  • Jules Ferry qui est à l'origine de la loi sur l'enseignement primaire gratuit et obligatoire de 1881. Il fallait alors civiliser la population urbaine et rurale française...







La "mission" de civiliser
  • Etrangement, l'enseignement dans les colonies est laissé aux missionnaires (qui sont pourtant exclus de l'enseignement en métropole depuis 1901 à la suite des fausses accusations que la droite et l'Eglise avait faites contre Alfred Dreyfus).
  • Voici un extrait de la réalité coloniale où les missionnaires sont en charge de l'oeuvre civilisatrice. Pourquoi? parce qu'ils n'avaient plus leur place en France et que leurs présences et enseignements y étaient jugés nocifs... 



Tintin au Congo de Hergé, (1931)


Le bon et dévoué tirailleur sénégalais



  • La marque Banania, née en 1912, propose une boisson "énergisante" à base de cacao, de farine de banane, de céréales et de sucre. Son inventeur aurait reproduit une boisson découverte au Nicaragua Son premier slogan en 1914 était "Banania, suralimentation intensive."
  • En 1915, en pleine première guerre mondiale, la marque adopte la publicité du soldat sénégalais, souriant et s'exclamant: "Y'a bon" (c'est-à-dire "c'est bon")
  • Critiqué depuis très longtemps déjà, ce slogan humiliant est finalement interdit en métropole et dans les anciennes colonies depuis 2011.


3. LE VRAI VISAGE DU COLONIALISME:
SOUMISSIONS ET PILLAGES

RÉPRESSION ET INTIMIDATION EN ALGÉRIE
Extrait de "L'autre 8 Mai 1945" de Yasmina Adi (2008)
  • Au moment de la libération de la France et de la victoire contre les nazis, d'énormes défilés sont organisés en Algérie pour célébrer la victoire.
  • Un drapeau algérien est créé à ce moment-là et l'Algérien qui le portait pendant le défilé sera immédiatement tué par un militaire français.
  •  De très violentes émeutes vont commencer et pour faire taire les indépendantistes, la répression du gouvernement français sera totale et écrasante.
  • L'extrait suivant se passe une dizaine de jours après les premières répressions et sonne comme un retour à l'ordre définitif...



Transcription

Narrateur: En métropole, malgré la censure, des articles commencent à dénoncer la répression menée en Algérie. Ces informations sèment le trouble au sein du gouvernement d'Union nationale dirigé par le général De Gaulle. Adrien Tixier, ministre de l'intérieur en charge de l'Algérie, nomme une commission pour enquêter dans le Constantinois. Mais, sous la pression des pouvoirs civils sur place, celle-ci n'aboutira jamais. En Algérie, le général Henri Martin est conscient qu'il doit faite taire les rumeurs de toute urgence. Le 20 mai, l'armée débarque dans tous les villages de la région de Sétif et rassemble la population.

Zorha Amokrani: "Ils nous ont dit de partir vers 2h du matin, de venir groupes par groupes, villages par villages: les femmes, les vieux, les enfants. Certains pleuraient, d'autres criaient, des femmes ont accouché sur la plage, les enfants pleuraient, nous avions faim. Les soldats étaient postés sur les montagnes et avaient leurs fusils pointés sur nous et ils nous surveillaient."


Narrateur: Au terme d'une marche épuisante dont ils ignorent le but, 15000 villageois sont réunis sur la plage de Melbou. Levée de drapeau, parades militaires, devant les photographes, ils vont devoir assister à une véritable démonstration de force parfaitement orchestrée et se prêter à ce qu'on appelle, une séance de soumission.

Zorha Amokran: "Les avions tournaient dans le ciel jusqu'à l'arrivée du bateau qui a ramené les hommes vêtus de blanc. Les avions continuaient à tourner au-dessus de nos têtes. Les balles crépitaient, les tambours retentissaient..."

Zorha Amokrani: "Dès leur arrivée, les avions ont commencé à bombarder. A chaque passage, les avions se relayaient dans le ciel et lâchaient leurs bombes. Ils bombardaient le rivage."


Narrateur: Officiels britanniques et Français d'Algérie sont conviés à cette cérémonie militaire. A la tribune, le général Henri Martin entame un discours éloquent.

Hamed Boulzazen: "Il s'adresse à la population, il s'adresse aux Algériens, il leur a dit: 'pourquoi vous avez fait la guerre à la France et que vous, vous n'avez rien avec quoi faire la guerre?' Ils ont dit que, eux, ils ont des armes, ils ont des avions, ils ont des bateaux et les Algériens, ils ont rien, ils ont que les mains et ils ne peuvent pas combattre la France.

Pascal Blanchard: Dans ce que certains ont appelé les séances de soumission ou de reddition, il y a une forme de tradition coloniale, qu'on a un peu oublié, mais de montrer par une image symbolique que, d'un seul coup, l'insurrection est terminée, que la population indigène accepte l'autorité civile comme militaire et policière. Et d'une certaine manière, ça nous rappelle Abd-El-Kader, ça nous rappelle le roi Makoko face à Brazza, ça nous rappelle toutes ces images coloniales qui ont traversé les manuels scolaires pendant tout le vingtième siècle, où on voyait ces populations coloniales se soumettre à la France, accepter à un moment qu'ils ont été vaincus et donc rentrer dans ce temps de la pacification, quelque part, revenir dans la normalité coloniale.


DEMANDE DE RESTITUTION D'OEUVRES PILLÉES...
"Ce soir ou Jamais" (13 décembre 2013)


Transcription

Louis-Georges Tin: Il s'agit véritablement d'une question de justice. Il faut que cette justice soit faite. Dans le cas du Bénin, qui n'est qu'un cas parmi beaucoup d'autres, il y a effectivement un pillage colonial. 1894, le général Dodds, que vous avez cité, et ces oeuvres qui sont des trônes, des sceptres royaux, ont été transférés au musée du Trocadéro, puis au quai Branly, où elles se trouvent aujourd'hui. Et nous disons simplement que le dialogue inter-culturel ne saurait se fonder sur le pillage inter-culturel.